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Qui veut aller loin…

L’INTRACOSTAL – SECONDE PARTIE: ESPOIRS ET DÉCEPTIONS DANS L’ALBEMARLE SOUND

Lire la première partie ici.

11 novembre 2012

Notre entrée dans le canal de l’Intracostal, plutôt que de nous rapprocher de la Floride, nous en éloigne. C’est pour nous un guêpier imprévu et menaçant dont il faut absolument se tirer, sans quoi notre périple se termine ici.

Depuis notre passage de l’écluse de Great Bridge, nous avons accroché dans les deux ponts suspendus au-dessus de notre route, perdant d’abord l’indicateur de vent, puis le feu de tête de mât. Néanmoins chanceux, nous avons récupéré celui-ci pour ainsi dire indemne dans notre voile ferlée. Il pourra même être réinstallé… lorsque nous serons sortis d’ici !

Mais devant nous se dresse un pont encore plus bas que les précédents.

Aussi,  à la recherche d’une voie d’évitement, quittons-nous l’Intracostal dans l’Albemarle Sound pour pousser vers l’ouest, aux abords du Cap Hatteras.

Albemarle sound

La nuit tombe doucement alors que je prends la barre pour le dernier quart de la journée. D’ici un peu plus de deux heures, nous aurons jeté l’ancre. Le ciel extraoridnairement piqué d’étoiles m’apporte une sérénité bienvenue après les émotions fortes de la journée.

Nous veillons tard, Yanick et moi, à scruter les cartes.  Les nouvelles sont moins réjouissantes que nous l’avions d’abord cru. Des deux chemins alternatifs que j’avais repérés de ce côté, l’un est traversé par deux ponts, dont le premier a 40 pieds de haut. Il faut donc l’oublier.

La seconde route possible comporte un pont de 65 pieds et une section indiquée comme problématique pour cause du manque de profondeur.

Et si nous passons cet obstacle, que faire ? Revenir dans l’Intracostal où nous attendent une filée de ponts ou sortir en mer par des inlets aux hauts-fonds changeants et dangereux ?

Vidés par l’angoisse et le découragement, nous allons finalement nous coucher en espérant que les conseils de la nuit soient bons.

Le lendemain, Yanick se lève aux aurores et se met au travail: la veille, une idée lui est venue, soufflée sans doute par notre ami et  mentor Claude. C’est spectaculaire, délicat, osé. Les habitués de la transhumance hivernale des bateaux du Lac Champlain à Saint-Paul-de-l’Ile-aux-noix y auront sans doute déjà pensé.  Il s’agit d’élaborer un dispositif permettant de faire gîter le bateau lors du passage du pont. Ce faisant, son mât s’incline et le pont est passé !

La solution est idéale, mais les moyens sont limités. Et Lhasa est une bonne grosse bête, stable et difficilement impressionnable: il faut beaucoup pour la faire s’incliner ! Après de nombreuses tentatives et plusieurs heures, le réultat est insignifiant et démotivant: à peine quelques 5 degrés de gîte !

Mais il fait beau, le soleil est bon, le vent est tombé, on ne peut qu’être optimiste par un temps pareil !

Nous nous dirigeons donc vers le Roanoke Sound. Le chenail plutôt étroit nous cause des inquiétudes qui s’ajoutent aux appréhensions suscitées par le passage du pont.

Nous approchons du pont doucement. Notre dispositif de gîte a perdu beaucoup d’eau, mais nous l’installons néanmoins en place. Au pied des piliers du pont, des pécheurs du samedi saisissent leurs jumelles et les dirigent en direction de notre mât. Du coin de l’oeil, je les vois hocher la tête. Mauvais signe.

Une minute plus tard, nous accrochons sur le tablier du pont l’indicateur électronique de vent situé devant le mât. Ça ne passe pas ! Yanick embraye immédiatement en marche arrière pour nous sortir de là.

Heureusement, l’indicateur semble indemne, mais notre moral en a pris pour son rhume. Nous faisons demi-tour. Que faire maintenant ?

Yanick est abattu: «Je peux naviguer dans des conditions terribles ou sans vent, je peux faire des ajustements sans arrêt, composer avec la gite, mais naviguer dans des conditions comme ça  (pas d’eau, pas d’air), ça m’écoeure!»

Les solutions ne sont pas nombreuses : ou nous démâtons (si tant est que nous trouvions une marina ave l’outillage nécessaire pour un mât de l’ampleur du nôtre), ou nous revenons sur nos pas, passons les 3 ponts qui nous séparent de Norfolk et prenons la mer.

Le pari du Dismal Swamp Canal

Alors que nous traversons de nouveau l’Albemarle Sound, Yanick a une idée : et si nous empruntions l’autre canal (appelé Dismal Swamp canal) menant à Norfolk, il est moins profond, beaucoup plus étroit, un peu plus long, mais il n’y a qu’un pont au lieu des 3 qui nous attendent sur l’autre chemin, le Virginia Cut.

L’idée ne me plait qu’à moitié : si cet unique pont nous réserve une mauvaise surprise, nous devrons de nouveau rebrousser chemin. C’est autant de jours de perdus. En outre, il est écrit dans les guides nautiques que les arbres se touchent parfois au-dessus du canal. Je crains qu’ils ne forment ainsi un pont infranchissable.

« Les branches n’ont plus de feuilles, répond Yanick. Et je ne crois pas qu’elles soient assez grosses pour nous empêcher de passer. »

L’idée du Dismal Swamp est tentante : un seul pont, de nouveaux paysages… Le jeu en vaut la chandelle : allez, tentons-le !

Après une journée de ménage et d’avitaillement à Elizabeth city, le « port de l’hospitalité », nous voici de nouveau en route avec un objectif récurrent ces derniers jours : passer sous un pont.

12 réponses à “Qui veut aller loin…

  1. Courage Yanick et Catherine vous allez passer au travers!! On vous suit à tous les déplacements. On vous embrasse.

  2. francine (mamans d'alice et Xavier)

    expérience plein d’embûches, de découvertes et de moments merveilleux…. gardez le moral! C’est super intéressant de vous lire! ( les enfants font dire bonjour à votre petite gang!)

  3. Je suis vraiment désolée pour vous. Tant de soucis pour simplement avancer. Nous partirons nous-même l’été prochain, avec nos deux enfants à bord de notre voilier (www.oseo.ca). Je vous lis et je me dis que la meilleure solution ne serait-elle pas de trouver un endroit pour démâter? D’autres ponts seront à venir et se sera l’angoisse à chaque fois. En démâtant, vous pourrez vous concentrer uniquement à manger des miles et descendre plein sud. Rendu assez au sud, vous remâtez et prenez la mer pour terminer la descente.
    Je vous souhaite bonne chance et bonne réflexion.

    Amicalement,
    Catherine de Oséo

  4. Pauline & Georges

    Je partage l’idée de Alain & Rachel Courage la chaleur vous attend à grand pas.Nous vous admirons.Gros bisous et câlins,☺☺☺☺

  5. Ouffff que d’aventure en aventure je vous suit pas à pas et je vous trouvent très courageux. Allez op un autre p’tit coup et vous êtes passer…..Courage je vous admirent. XXXX🙂

  6. Bonjour,

    Vous devez passer par le dismal Canal,
    Regarder la marée, pour passer à la marée basse, vous pouvez faire giter votre voilier avec la drisse de grande voile attaché sur votre annexe le plus loin possible.
    Vous devez vous rendre à Beaufort pour prendre la mer.

  7. Véronique Duchateau

    Courage les amis, je vous suis pas à pas sur la carte, et suis de tout coeur avec vous. Quel labyrinthe! Bonne chance. Bises

  8. Courage, tenez bon !!! Le soleil et la chaleur de la Floride ne sont plus très loin ! Bon vent !

  9. Bonjour à vous, c’est encore Cahterine de Oséo. Voici ce que nous avons trouvé dans les Update des Waterguide (et qui explique votre situation) :

    16 November 2012

    High water means ‘lower’ bridges

    Reported By: Vicki Latham (WG Staff)

    We’ve been getting several messages from cruisers going down the ICW that the water has been pushed in so much that boats with high masts have been running into some trouble getting under bridges.
    See below excerpts:
    « The high tides are just incredible at the moment. The whole area just seems to be water and more water on all sides…it’s so strange to see the marks just about 2 feet above the water level. And so, as a follow up the mails from others to the south, high masted boats may have a problem for a while around here. The tide boards at St Simon’s for example were completely under water when we went through today, so do plan ahead. »
    « In case anyone has a mast higher than ours, in Daytona the Sea Breeze fixed bridge is 62 ft. The prior bridge was 63. We squeezed through that one but not this one. Don’t know what the bridges ahead have in store. Marina’s are saying that there is an extra two feet of water blown in from the north. Had we known we would have gone on outside despite weather. Hope this will not affect anyone else’s travels. »

  10. Jessica et Patrick de Sail the moon

    Gardez espoir et préservez votre courage, vous approchez du soleil malgré les détours. Nous pensons à vous.

  11. un détour n’est jamais une fin…😉 xxxxxxxx Julie

  12. Ca ne va pas bien pour le voilier

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