Galerie

Loin de la coupe aux lèvres

L’Intracostal – première partie: L’enfer des ponts

A ces mots, l’Ours s’en va dans la forêt prochaine.
L’un de nos deux Marchands de son arbre descend ;
Court à son Compagnon, lui dit que c’est merveille
Qu’il n’ait eu seulement que la peur pour tout mal.
Et bien, ajouta-t-il, la peau de l’Animal ?
Mais que t’a-t-il dit à l’oreille ?
Car il s’approchait de bien près,
Te retournant avec sa serre.
Il m’a dit qu’il ne faut jamais
Vendre la peau de l’Ours qu’on ne l’ait mis par terre.

Jean de Lafontaine, « L’ours et les deux compagnons »

10 novembre 2012

Le rêve !

Enfin, l’Intracostal !

Nous poussons un soupir de soulagement. Après le froid et l’humidité, après la douzaine d’écluses du canal Champlain, après le démâtage, le remâtage, après l’ouragan Sandy, enfin, l’Intracostal !  La chaleur est à portée de main ! La Floride, comme si nous y étions ! D’ici quelques jours, une grosse semaine au plus… nous nous y voyons déjà !

L’Intracostal ? J’ai bien lu sur le sujet: une belle navigation en chenail balisé, une profondeur à surveiller – nos amis sur l’Aloha Spirit se sont fait prendre à quelques reprises, mais leur expérience nous aura servi : nous emprunterons un chemin plus sûr, c’est-à-dire plus profond. Et plus rapide ! D’ici une grosse semaine, nous sommes en Floride. La Florida, celle que l’on lit sur les bouteilles de jus d’orange, dans les annonces aériennes vers le soleil, la vraie, la seule, notre dernière étape avant les Caraïbes! Nous y sommes presque !

L’entrée à Northfolk est peu attrayante : base navale militaire et zone industrielle. Nous nous avitaillons en vitesse et en avant pour l’Intracostal ! La Floride est tout près !

… et la réalité

Rapidement, je déchante un peu: le chenail pourrait être deux fois plus balisé que je ne m’en porterais que mieux. Mais surtout, il est constamment barré de ponts, dont plusieurs desquels il faut attendre la levée selon un horaire fixe ou leur bon vouloir, ça dépend. Faire du sur place dans l’étroitesse du chenail ne me plait pas du tout… L’opération est délicate et le temps, perdu. Après tout, la Floride nous attend !

À l’entrée du canal, deux premiers ponts: il nous faut attendre l’ouverture du premier avant de tout de suite passer sous un autre auquel la carte attribue une hauteur de 65 pieds. « Nous faisons 64 pieds et demi, ça devrait passer », assure Yanick. Effectivement, ça passe comme dans du beurre ! Il nous reste deux ou trois pieds (près d’1 mètre) au-dessus du mât.

Nous passons la nuit après l’écluse de Great Bridge, excellent endroit pour s’avitailler, sans doute le meilleur que nous ayions rencontré jusqu’à présent, ne manquent que des douches et c’est le paradis !

Le lendemain,nous sommes fins prêts à ne faire qu’une bouchée de la route qui nous attend.

Mais dès le premier pont (indiqué à 65 pieds sur la carte), la pilule nous reste coincée dans la gorge : à mesure que nous approchons, notre inquiétude grandit. Est-ce que vraiment nous passons en dessous ?

« Ça ne passe pas, ça ne passe pas ! » Trop tard ! nous allions très lentement, mais nous étions déjà engagés. L’antenne VHF installée en tête de mât plie et renâcle sous le pont. L’indicateur de vent, son compagnon d’infortune, n’a pas sa souplesse et arrache.  Au moins l’antenne, comme le roseau, se redresse. Nous n’avons pas sa souplesse et avons souffert avec l’indicateur de vent: nous avons les jambes en compote, la gorge nouée, le cœur qui débat, des sueurs froides dans le dos…

Mais devant  nous, à quelques miles, un nouveau pont de même hauteur enjambe le canal. Angoisse. Nous nous y engageons encore plus lentement.

« Ça ne passe pas ! » Cette fois, c’est le feu de tête de mât qui arrache brutalement. Nous sommes chanceux, il tombe comme une demoiselle, dans la voile ferlée. Tombé sur le pont, il aurait éclaté et fait beaucoup de dégâts, ses éclats représentant en plus une menace certaine pour les 8 petits pieds de nos moussaillons. Mais nous allions trop lentement, le bateau n’est plus manoeuvrant, nous allons heurter un des piliers du pont ! Je m’arc-boute et pousse pendant que Yanick met les gaz. Ouf, nous sortons de l’ombre du pont, retrouvons le soleil, mais gardons ce froid dans le dos, cette barre dans le ventre… Mais dans quel pétrin sommes-nous venu nous fourrer ?!?

Comble de malheur

Nous sommes à bout de nerfs, le stress nous laisse hébétés.

J’amène les filles jouer sur le pont pour laisser Yanick se remettre un peu. La journée est splendide et déjà le temps chaud nous permet de laisser tomber une épaisseur. À la bouée 63, nous quittons la Virginie pour la Caroline du Nord, une étape de plus vers la Floride ! Nous en profitons pour célébrer à grands cris, nous avons bien besoin de nous changer les idées !

Si ce matin, nous étions au moins une demi-douzaine de voiliers l’un derrière l’autre dans le chenail, Lhasa nous a permis de les éclipser tous, sauf un, immatriculé à Soumpthampton, l’Innamorata II. Son équipage, un couple de retraités, suivent nos déboires structurels avec attention. Peut-être que nos quatre petits mousses qui frottent le pont (qu’ils ont auparavant copieusement colorié à la craie !) ont-ils attiré leur sympathie, toujours est-il que, n’en étant pas à leur premier passage sur l’Intracostal, ils nous informent que demain nous attend un pont de… 64 pieds.

La funèbre nouvelle nous fait l’effet d’un coup de masse.

 

Advertisements

7 réponses à “Loin de la coupe aux lèvres

  1. Ven a visitarme, ya que vas para Florida pasa por Cancun, aquí esta la casa para ti y tu familia, Samantha

  2. Jessica et Patrick de Sail the moon

    oh la la, mais c’est dingue que ça ne soit indiqué sur les cartes !! Courage, on s’en sort toujours xx Le soleil vous attend !

  3. bon courage… y’a rien d’autre à dire ni à faire, en? XXXXXXXXXXXJulie

  4. Pauline & Georges

    Je partage le dire de Julie courage ,courage vous allez vous en sortir vous avez tellement d’idées et d’initiatives.Je vous aime et pensons très fort à vous la belle famille XXXXXX☺☺☺☺

  5. Que le voyage commence! Une grosse caresse au filles et S.V.P une orange a ma sante! X-O-X-O 😉

  6. Votre style, votre plume, vos états d’âme, votre courage, votre franchise, tout me tient en haleine. J’ai laissé loin derrière tous les autres voiliers que je suivais.

    Amicalement,
    D.L.

  7. Marie-Claude Girard

    Allo vous autres,
    Isabelle vient de me transmettre votre blog.
    Nous allons vous suivre… de notre salon.
    On vous souhaite un bon et beau voyages et prochain redez-vous … dans 10 ans au chalet de Sylvain.
    Prenez soin de vous.
    On vous embrasse.
    XXX
    Marie-Claude & Michel et Lydia
    PS: Et moi je débute ta lecture Catherine

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s