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La baie de Chesapeake

Conclusion:

La baie du Delaware, on y passe en coup de vent. La baie de Chesapeake, on y traine le plus possible.

Luc Bernuy, L’intracostal, le guide

L’appel du sud

C’est ma rengaine classique: le bateau n’est pas prêt, MAIS…

Mais une dépression nous menace. Dans son sillage, vents violents, averses et, notre hantise, possiblement de la neige…

De toute façon, le froid est chaque jour plus présent, les filles commencent à être enrhumées, moi, un peu inquiète. Aurons-nous assez de vêtements chauds ? « À Northfolk (l’extremité sud de la baie), promet Yanick, nous gagnerons déjà 6 minutes d’ensoleillement par jour ! » L’argument est de poids.

Après avoir longtemps résisté, je me mets moi aussi à rêver de soleil et de chaleur. Aussi choisissons-nous d’emboîter le pas à nos amis des bateaux Cape Crusader et Papy Tao et de filer vers le sud.

Toutes voiles dehors

La journée est belle, le vent est bon. Il nous pousse grand largue et, pour la première fois depuis que nous avons rebaptisé Wanxia en Lhasa, nous naviguons à la voile en famille. Oh, nous avions déjà sorti nos vieux lambeaux à l’été 2011 sur le Lac Champlain, mais dans l’état où ils étaient et avec le peu de vent qu’il y avait ces journées-là, c’était davantage de la figuration que de la voile. Depuis, nous avons offert une garde-robe neuve à notre monture, garde-robe que nous étrennons pour l’occasion. Évidemment, en hissant les voiles, une nouvelle mauvaise surprise nous attend. Il fallait s’y attendre: celles-ci se sont enchaînées depuis le début de notre transaction avec le gréeur North Sails. Ainsi, la saga de nos voiles dépasse en longueur et en rebondissements celle de notre moteur, ce qui est peu dire. J’y reviendrais dans un autre article.

Enfin, donc, filons-nous à la voile, surfant sur la vague et battant des records de vitesse (jusqu’à  10 nœuds !! – Ah, l’ivresse !). Le soleil n’est qu’à son zénith lorsque nous atteignons le point où nous avions prévu passer la nuit. La dépression ne doit arriver que le lendemain matin, la météo s’annonce plutôt clémente jusque là, nous poursuivons donc sur notre lancée afin de faire le plus de route possible.

Bourrasques nocturnes

La belle assurance qui m’a conseillé une route allongée alors qu’il était midi me quitte d’un coup lorsque je sors pour mon quart à 18h alors que Yanick entre nourrir les filles affamées. Une nuit d’encre est tombée, le vent a forci et se tient autour de 25 nœuds, sans parler des rafales. Devant moi, des bouées aux cloches lugubres signalent différents obstacles. Plus loin, un cargo semble venir vers nous, mur insensible et dangereux.  Je distingue mal devant moi les voiles grises et sombres qui nous propulsent. Il me semble que je ne sais plus quoi faire de ces deux grands fantômes. Seule  dans le noir à tenir la barre, je pense que voilà plus de deux ans que je n’ai pas vraiment navigué à la voile, je n’arrivepas à me rappeler avoir jamais barré de nuit, encore moins dans un chenail et… Bref, c’est la panique.

J’ai beau essayer de me raisonner, de faire la part des choses, je n’y arrive pas. Finie l’objectivité, j’ai peur, je ne contrôle plus les choses, le vent forcit encore, me semble-t-il, et siffle sinistrement. Je regarde par le hublot Yanick et les filles assis autour de la table dans la lumière et suis envahie d’une multitude de sentiments. D’abord, j’envie leur insouciance, alors que j’ai l’impression que tous les monstres de la nuit se déchaînent autour de moi (d’accord, il faut dire que j’ai une très grande imagination…). Ensuite, je culpabilise à l’idée de rappeler Yanick sur le pont: c’est à son tour de se reposer et de se réchauffer, de passer du temps avec les enfants… Enfin, il y a tout mon orgueil mal placé qui me conseille de me taire: pour une fille dont le diction est « Laisse faire, je suis capable ! », s’avouer dépassée n’est pas évident. Et puis, je pense à mon père qui a toujours dit: « Il faut que ça reste de la plaisance ! » Et là, ce n’en est plus ! C’est cette pensée de mon père qui me convainc d’Appeler Yanick à la rescousse. Il sort, je rentre, penaude et défaite: je n’ai même pas faim, je ne veux  qu’aller me terrer dans mon lit avec mes chatons.

Évidemment, je ne dors que d’une oreille et, une heure et demie plus tard, remise de mes émotions, je ressors tenir compagnie à Yanick. Voilà douze heures que l’on navigue, les vents forts de la dépression sont arrivés plus vite que ce qui avait été annoncé. Yanick m’avouera le lendemain que la plupart des bourrasques dépassaient 40 noeuds.

Nous arrivons enfin en vue de notre destination. Mais ce n’est pas gagné pour autant ! Mal balisé, le chenail pour s’y rendre est étroit et tortueux. Il fait si sombre ! Une bouée fantôme, noire dans le noir, fait sursauter Yanick en se matérialisant soudain tout près sur bâbord.

Il est 22h45 lors de l’arrêt moteur. Nous naviguons depuis plus de 13 heures. Je fais chauffer ce qui reste de la soupe des filles resté sur la cuisinière, que j’épaissis avec un pot de bouillon d’osso bucco laissé par mon père. C’est délicieux et brûlant !

Jusqu’au bout de la Chesapeake

Le lendemain, la dépression est sur nous et les filles, surexcitées par le temps électrique, nous en font voir de toutes les couleurs. Secondée par Véronique et Ève, j’essaie de pécher le crabe avec un appât de fortune, mais le fond, vaseux, ne s’y prête pas. Yanick, lui, accuse mon appât bricolé avec ce que j’ai sous la main. Disons que celui-ci n’est pas très orthodoxe… J’espère pouvoir retenter le coup plus tard…

Devant le quai de Deltaville Town.

Nous levons l’ancre en début d’après-midi pour faire quelques miles vers Deltaville Town, en espérant y trouver des douches, de l’internet et du propane. Dans ce bled triste où tout est fermé (il est cinq heures passées), nous ne trouvons que quelques miles à pied pour user nos souliers.

La seule dépression qui guette est météorologique: soirée orchestrale cacophonique en famille.

Reposés, remis de nos émotions, galvanisés à la pensée de ces six minutes de clarté, nous nous remettons en route dès l’aube pour ne faire qu’une bouchée des restes de la baie de Chesapeake. Le ciel se nettoie doucement alors que je prends mon quart à 8 heures, les vagues sont d’un beau gris acier tantôt teinté de bleu, tantôt de vert. On dirait que nous naviguons dans une mer statufiée, immobile, faite d’opale opaque reflétant les timides rayons du soleil.

Avoir eu plus de temps, moins de froid, j’aurais aimé arrêter à Washington. Nous y aurions été à temps pour assister à la réélection d’Obama…

Allons, pas de regrets, la Floride nous attend !

2 réponses à “La baie de Chesapeake

  1. Bonne chance je vous admires
    quelles courages vous avez ?

    Danielle de Pointe- saint charles

  2. Pauline & Georges

    Que de joie de vous voir en photos, oui du courage vous en avez à revendre.J’avais hâte de vous voir la binette, merci pour ces belles photos. Courage le plus beau est devant vous avec de la chaleur et du beau soleil.Nous pensons à vous et nous vous aimonsXXXXXX☺☺☺☺

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