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Sandy: la conclusion

Mardi matin, le vent semble tombé, je lui ai prêté l’oreille toute la nuit, ne dormant que de l’autre oeil. Je suis inquiète, et malgré les récriminations des filles qui se font rapidement à la vie d’hôtel, j’habille mes canards avant même de prendre le déjeuner et nous partons vers les quais. De prime abord, tout va bien. Les bateaux, dont Lhasa, sont bien rangés les uns auprès des autres.

Mais la véritable surprise arrive ensuite. Et elle est grande. On me l’avait bien dit, mais j’avais refusé d’y croire: les quais ont disparus sous plusieurs pieds d’eau, il ne reste qu’un pied ou deux au-dessus des poteaux auxquels sont attachés les bateaux.

Yanick, debout sur le quai, a toujours les pieds dans l’eau, bien que la marée soit descendante. À marée haute, la boite électrique (à gauche, derrière le cordage) était submergée.

Devant l’inondation, quelques hommes, le propriétaire de la marina et d’autres plus âgés. Les figures sont longues. Dans le matin gris, bariolées dans nos imperméables de toutes les couleurs, les filles sautant à qui mieux mieux dans les flaques, nous détonnons, je m’en rends bien compte. En revanche, je ne voudrais être nulle part ailleurs sinon sur le bateau pour aider si la marée continue de monter…

C’est alors qu’arrive comme un rayon de soleil: le gérant de la marina me propose d’aller chercher Yanick avec son bateau de service pour lui permettre de venir à terre avec nous, la marée étant descendante et le pire, évité. Les filles sont extatiques et l’accueillent comme la vedette qu’il est après plusieurs heures à veiller sur Lhasa: « Pa-pa, Pa-pa, PA-PA ! »

Fuites

Nous ne nous en tirons tout de même pas sans conséquences, heureusement bénignes: cette rasade incroyable vient à bout de la résistance des joints d’étanchéité de nos hublots, par ailleurs déjà en piteux état: le pont fuit de partout depuis plusieurs heures déjà.

Déjà, à 23h30 la veille, Yanick m’écrivait:

Je me suis couché deux heures lorsque j’ai constaté que la pression était stable depuis un bon bout de temps.  À mon réveil, surprise! il y a de l’eau qui coule de partout dans notre bateau.  Il y a une bonne dizaine de points que je suis de proche pour m’assurer d’essuyer l’eau autant que possible afin d’éviter trop de dégâts. J’ai mis sept plats divers et quelques serviettes pour recevoir le déluge.

Notre baromètre a été dépassé par Sandy: l’aiguille dorée indiquant environ 7 hrs montre que celui-ci est descendu au-delà de ses marques !

Notre baromètre a été dépassé par Sandy: l’aiguille dorée indiquant environ 7 hrs montre que celui-ci est descendu au-delà de ses marques !

Notre baromètre a été dépassé par Sandy: l’aiguille dorée indiquant environ 7 hrs montre que celui-ci est descendu au-delà de ses marques !

Pour lui, resté seul sur le bateau, la pression s’accentue d’heures en heures. Ainsi, à 4h20 mardi matin, il m’écrit de nouveau:

Tu dors certainement à cette heure.  Je viens de faire ma dernière ronde et l’eau est maintenant 4 pouces au dessus du quai.  Dans un pied, les prises électriques des quais seront dans l’eau.  Une panne sera alors inévitable.  J’ai encore environ deux pieds de jeu sur les poteaux avant que cela ne devienne problématique.  Je devrai alors faire preuve d’imagination pour demeurer attaché si cela est possible.  Les poteaux côté quai fixe sont un peu plus haut et heureusement du côté du vent également.   Assez surréaliste de voir les bateaux flotter plus haut que les quais!   Je ne peux pas penser descendre du bateau même dans 4" d’eau car la marche est vraiment trop haute et le risque de tomber trop grand.  Sinon ce sera de descendre l’annexe.  🙂  Je surveille à toutes les heures, car la marée est montante jusqu’à 07:00.    Il fait plutôt froid mais surtout à cause de la grande humidité.  Cela condense terriblement et j’essaie autant que possible de garder le bateau vivable.  J’ai renversé par mégarde un des bols.  La joie, moi qui essaie également d’assécher les fonds!

Fuite

C’est donc dans un soulagement réciproque que nous empruntons tous ensemble le chemin de l’auberge pour y prendre, au chaud et au sec, au bon petit déjeuner. Nous nous promettons déjà une séance de séchage, une marche dans la ville, une sieste familiale, un bon repas au réputé restaurant de l’hôtel, peut-être même un…

« Ils vont ouvrir le barrage, vous devez partir. J’adorerais vous garder, mais toute la baie sera remplie de troncs d’arbres, de pneus, de réservoirs de propane, etc. Si vous ne partez pas maintenant, vous devrez rester trois ou quatre jours de plus. Au moins. »

Le propriétaire de la marina est à notre table. Il renchérit: « Ce ne sera pas sécuritaire de naviguer avec des enfants dans ces conditions. »

Partir tout de suite ? L’idée ne nous enchante pas, loin de là ! Plusieurs heures de moteur nous séparent d’Annapolis, le prochain havre, et le vent souffle justement du sud, notre direction. Avec toute cette eau, les vagues seront mauvaises…

D’un autre côté, la perspective de naviguer dans des eaux complètement encombrées (le patron de la marina a comparé la situation qui nous attend aux grandes zones océaniques de convergence des déchets) ne nous sourit guère.

Nous bouclons donc en vitesse les bagages et prenons en famille le bateau de service de la marina pour revenir à Lhasa, gorgée d’eau, qui se remet sans rechigner en route.

Pendant huit heures, le bateau tangue, tapant dur dans la vague courte et hachée. Même Véronique se sent venir des maux de tête… à dormir dans la pince avant, celle qui se transforme en grosse caisse à chaque descente. Quelques billots errent déjà, que nous évitons sans trop de peine. Le crachin et les embruns nous glacent, le ciel est bas… enfin Annapolis !

Nous mouillons l’ancre et, après une omelette vite faite, vite avalée, nous nous affalons dans tous les coins encore secs du bateau pour ronfler sans vergogne !

PS. De nouveau je dois promettre les pho

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