Gallery

De pied ferme

«Qu’ils viennent les maudits si c’est pas des peureux !» – Rodrigue

Réjean Ducharme, le Cid maghané

Cette phrase classique de Rodrigue me vient toujours en tête lorsque j’attends les difficultés de pied ferme. Et aujourd’hui, je crois bien que nous sommes prêts à l’arrivée de Sandy: bien installés au fond de la Sassafras River (charmant nom sonore !) dans un hurricane hole (littéralement un trou à ouragan, désignant un endroit protégé par excellence), nos voiles sont enlevées, nos amarres entourent des poteaux sur quatre côtés, prêtes à se déplacer avec les marées, nos défenses sont à poste. Il ne nous reste qu’à défaire la poignée de fermetures éclair qui attachent le dodger et le bimini. Nous attendrons que les vents forcissent significativement, puisqu’ils gardent le cockpit abrité. Comble du luxe, le propriétaire de la marina nous a même offert deux nuitées à son auberge adjacente, dans une des plus grandes chambres – du côté opposé au vent s’il-vous-plait – afin que les enfants puissent dormir sur la terre ferme, bien à l’abri.

L’angoisse des dernières heures

Il y a peu que je connais cette sérénité. En effet, depuis hier midi, alors que la trajectoire de l’ouragan passait de nouveau au sud de nous, tout près, nous n’en menions pas large. Décider hier après-midi de quitter un endroit relativement protégé en escomptant trouver mieux, même si, ce faisant, on se rapprochait de la trajectoire de Sandy, n’a pas été évident. Surtout que nous jetions l’ancre hier matin après une première navigation de 36 heures et n’avions que l’envie de nous reposer. Surtout que, à la tombée du jour hier, arrivés dans une petite anse réputée de bonne tenue à l’ancrage, nous sommes incapables de faire tenir la nôtre au fond: elle glisse sans arrêt. Ça nous prendra une demi-heure pour réaliser une opération qui prend habituellement 5-10 minutes. La nuit est alors tombée et reprendre la route dans l’obscurité vers notre destination à travers l’étroit chenail de la rivière ne nous plaît pas. C’est d’ailleurs pour cette raison que j’avais suggéré cet arrêt, à une heure de notre destination. Heureusement,  Yanick est arrivé à faire mordre convenablement cette ancre récalcitrante, mais j’ai dû me lever 5-6 fois durant la nuit pour m’en persuader…

Lundi: l’arrivée de Sandy

Après une nuit relativement calme à 5 dans un lit de taille king, nous partons sous l’averse soutenue pour prendre le petit-déjeuner avec Yanick qui a dormi au bateau, question de profiter de quelques heures de profond sommeil avant de livrer bataille. Nous arrivons juste à temps: une bonne odeur de tartines grillées remplit le bateau et nous avons droit à un chocolat chaud. Mais nous devons avaler celui-ci en vitesse: le vent s’est levé en une heure et le bateau tangue maintenant suffisamment pour me laisser croire que le retour par les quais glissants d’eau jusqu’à la terre ferme représentera un défi pour les filles. Pendant les quelques centaines de mètres qui nous séparent de l’auberge, la pluie fouette méchamment le peu de peau à découvert. Heureusement, Véronique voit la vie du bon côté: «La pluie nous fouette, maman ? Comme de la crème fouettée ? Avec des fraises !» Le reste du chemin en devient soudainement beaucoup plus facile !

Terrifiés ? Non…

Privés de la sacro-sainte information télévisuelle et des images alarmantes, nous demeurons relativement calmes devant l’arrivée de Sandy – les filles surtout sont fort peu effrayées: des tempêtes de vent et de pluie, elles en ont vues d’autres. Pour Yanick et moi, ça se résume à des chiffres sur les sites de prévisions météo. La trajectoire a encore changée et Sandy passera à quelques 155 km de nous (la trajectoire serait passée encore plus proche si nous étions restés à Chesapeake City) . Nous sommes donc juste sur le bord de l’oeil de la tempête, selon les prévisions météo: nous devrions bénéficier d’une courte accalmie que je surveille en vain depuis tout à l’heure.

Au bateau, Yanick veille. La marée haute menace ce soir de monter jusqu’à moins d’un mètre des poteaux qui nous retiennent: le risque que nos amarres s’en détachent est réel. Il ne prévoit pas dormir beaucoup cette nuit. Après tout, Lhasa représente maintenant la totalité de nos possessions !

À l’auberge où les filles et moi nous trouvons, seule une avarie majeure de la bâtisse pourrait nous menacer. Mais comme le propriétaire (qui possède aussi la marina) est ici avec ses enfants de 5 ans, 3 ans et 2 ans, je présume qu’il doit avoir une grande confiance en l’état des lieux et j’adopte sa position.

Et je me dis qu’après tout, il a toujours moyen de voir des points en commun entre une tempête et des fraises couvertes de crème fouettée !

23 réponses à “De pied ferme

  1. bonne nuit! et vive Véro et sa gourmandise!
    xxx

  2. bisous verdumois xx

  3. oups mauvaise touche ! …verdunois !

  4. On pense à vous!! bien fort par ce vent qui souffle.
    bonne route et je suis très contente de pouvoir vous suivre, merci.
    Avec les filles du groupe des fleurs on s’ennuient d’Ève.
    on lui donne des belles bises.

  5. Murielle Thériault

    Je pensais à vous 5 et je m’inquiétais et je suis très heureuse que vous soyez accostés et que vous dormiez sur la terre ferme…Pauvre Yannick qui doit surveiller votre maison!
    Merci de nous avoir donné des nouvelles…et après la tempête, ne nous oubliez pas!
    Murielle

  6. Bonjour Catherine Yannick et la petite famille,

    Je pense beaucoup à vous. Inquiet?? Vous comprenez…. mais que puis-je faire pour vous??? Pas grand-chose. Alors , mon affection pour vous et mon optimisme( sans mérite puisque je sui loin de l’ouragan) et mon énergie mentale font ce qu’ils peuvent. Donc, j’ai imaginé: 1) La trouvaille d’un refuge qui pourrait offrir la sécurité au bateau.
    2) La rencontre avec une personne qui vous accueillerait dans un abri .
    Or, je viens de recevoir de vos nouvelles. Je suis très heureux de vous savoir en sécurité.
    À bientôt,
    Samuel

  7. Oufff…contente de vous savoir bien !!!!
    Je sais,je le dit à chaque fois mais merci Cat de nous tenir au courant….mon téléroman préférer c’est vous hihihi 😉
    Passez une bonne nuit :)xox

  8. Pauline & Georges

    Mon Dieu que tu es gentille de nous tenir au courant. Nous sommes très inquièts. Vous êtes très courageux tu pourras dire que ton karma tu l’as on est toujours en alerte de vos nouvelles. Je vous embrasse très fort des calins à tous. Je vous suis à la seconde.

  9. Odette Desgagnés

    Bien heureuse de vous savoir en sécurité. Denis vous suit comme une lettre à la poste j’imprime tes messages et lui fait part de tout ce que tu écris. Il conserve dans un livre et peut te relire. Tes messages agissent comme un baume et des souvenirs surgis…

  10. Nous sommes heureux de vous savoir en sécurité pour le moment.

    Tu ne dois pas dormir beaucoup, sachant que Yanick a offert de rester au bateau. Moi si je serais inquiet et je ne dormirais pas du tout en entendant les vents siffler, l’eau monter et dieu seul sait ce qu’il peut arriver au bateau pendant qu’il y est seul. Je crois que la vie d’un proche très cher est très importante, il ne faudrait pas perdre mon frère et votre capitaine.

    Ayant côtoyer régulièrement l’équipe des membres du Search & Rescues des Forces Canadiennes de la Colombie-Britannique, secourant au périple de leurs vies et ayant vu beaucoup d’horreur, nous sommes inquiets des évènements et du futur.

  11. Bravo pour la phrase du Cid!…cramponnez-vous!…Je suis contente de vous savoir accueillis dans cette marina. On pense beaucoup à vous de France! Bon courage! Christiane

  12. Je suis contente d’avoir de vos nouvelles. Je pense à vous!

  13. Sophie et Vincent

    Vincent m’avait fait le récit de vos nouvelles hier, mais je suis bien contente de vous lire ce matin. Disons que je suis surtout soulagée même si je ressens les roulis du bateau dans le fond de mon ventre (et non ce n’est pas seulement dû au bébé) lorsque j’entends les nouvelles et pense à vous tous.
    J’espère que Yannick arrive à fermer l’oeil, et que tu y arrives également. On pense très fort à vous, nous irons chercher des bonbons en pensant aux filles demain (enfin, Vincent ira car on ne sait jamais à une semaine de la date prévue) et au pire en vous en enverra par colis spécial!!! Gros bisous à vous six et vous fêterez cette première étape plutôt mouvementée lors de la fête de Yannick!!!
    Sophie

  14. christian cloutier

    Allo Catherine et la famille , coline bonne nouvelle ca. Ne lacher pas , le meilleur reste a venir c’est certain pas dur a battre avec ces épreuves au tout debut de l’aventure. Vous pouvez maintenant relaxer un peut le temps que tout se calme et continuer la tete en paix. bye bye xx Christian

  15. Merci pour ces bonnes nouvelles. Nous avons regarde la BBC news ce matin, depuis notre auberge de Stockholm, en pensant fort a vous six. Tres heureux de savoir que vous avez su tenir Sandy a distance ! Prenez soin de vous, bon courage ! On vous embrasse tres, tres fort,
    Aurore et Cie

  16. Clémence éducatrice d'Eve

    Oui, Nathalie a raison, on s’ennuie d’Eve ! Son matelas était resté intact avec son étiquette dessus ! On s’est décidé à l’enlever hier ! Mais on pense bien à vous !
    Des bisous Fleuris !

  17. Véronique Duchateau

    Merci pour ces nouvelles. Je pense fort fort à vous.
    Courage. Les enfants ont de qui tenir leur caractère de battante!

  18. Jessica et Patrick de Sail thé moon

    Bonjour à vous tous! Je suis très impressionné par vos choix de navigation guidés par la sécurité de vos enfants. C’est un bel exemple pour un capitaine d’eau douce que je suis.

    Votre blog est vraiment très plaisant à lire. Bravo à l’écrivaine. Jessica et moi attendons impatiemment la suite de votre belle aventure.

    Courage pour la suite et n’oublier pas de vous reposer!

  19. Christian Cloutier

    Allo a tous , coline j’espere que tout vas bien pour vous ?? Bien hate d’avoir de vos nouvelles. Bon courage , bye bye 🙂

  20. Salut les voyageurs,
    Est-ce que tout va bien après le passage de la tempête? On est tous (4 encore) avec vous en pensée et on vous espère prêts à reprendre des flots moins mouvementés. Donnez de vos nouvelles!

  21. J’imagine tellement Véronique! J’espère que tout est bien pour vous maintenant! Anne et moi buvons du bon jus frais en pensant à vous!

  22. Pauline & Georges

    Merci pour les nouvelles nous sommes contents de vous savoir en sécurité et sans qu’ils vous aient rien arrivés.J’aimais mieux être à Châteauguay car nous nous regardions les nouvelles terrible ce que vous avez passé grosse bises et gros câlins à tous

  23. J’étais à Boston le jour de la tempête… mais on a presque rien vu. Que du vent et à peine un peu de pluie. Mais peu de contact avec l’eau, sinon un regard plutôt curieux. Par contre je pense bien à vous qui avec le contact direct avec tous les éléments parfois déchaînés.
    Marielle

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s