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Près des yeux, NY

New York, la suite

Diesel et Poomerang n’arrivèrent jamais à la CRB parce qu’au croisement entre la Septième Rue et le boulevard Bourdon ils trouvèrent devant leurs yeux, au milieu du trottoir, le talon aiguille d’une chaussure noire, roulé jusque-là dieu sait comment mais immobile, comme un rocher minuscule dans le torrent en crue de la foule projetée vers la pause-déjeuner. (…)

Il y avait un grand bordel autour d’eux, mais rien ne semblait pouvoir les faire décoller de là (…) Ils regardaient un talon aiguille noir, mais ils étaient en réalité en train de voir cette femme perdre contenance et ralentir (…) excluant de mutiler sa beauté par le contretemps d’une boiterie obligée, elle défait la chaussure blessée, d’un geste léger, sans cesser de marcher (…) En défaisant également l’autre (…) prend les chaussures, les jette dans une benne bleue tout en regardant autour d’elle ce qu’immédiatement elle trouve, une voiture jaune qui lentement remonte l’avenue: elle lève le bras, (…) la voiture jaune met le clignotant, s’arrête, elle monte, indique une adresse tout en ramenant sa jambe fine -pied nu – sur la banquette.

Alessandro Barrico, City

Un petit coin de paradis, un ancrage gratuit et ultra paisible à New York ? J’aurais dû me douter que ce ne serait pas si simple…

L’équipage devant Miss Liberty

En deux mots comme en cent, nous sommes loin. Très loin. Une heure de marche à travers le Liberty State Park ou 15 grandes et dispendieuses minutes de taxi nous séparent du train ou du traversier qui nous amènent à Manhattan. Bref, au minimum 45 minutes à une heure de transit. Près des yeux, loin du cœur…

Un choix déchirant

Puisqu’il s’avère si complexe et si long de rejoindre Manhattan, nos journées deviennent interminables (il s’écoule parfois près de 12 heures entre le moment où nous quittons le bateau et celui où nous y revenons) et le deuxième porte-bébé offert par la boutique Bummis nous est d’un très grand secours : Véronique, à 3 ans, n’arrive pas à suivre si longtemps. Mais de ces journées élastiques, nous n’en voulons pas.  Parce qu’après la navigation qui nous a menés jusqu’ici, c’est bien la dernière chose dont nous avons besoin. Nous sommes crevés, les enfants le sont aussi, Lhasa a besoin d’un peu de soins, il nous faut nous avitailler, bref, le choix est déchirant : l’excitation de la nouveauté et de la visite s’oppose à la conscience de nos devoirs envers les filles, le bateau et nous-mêmes.

Central Park

Le choix est déchirant, mais clair, et la décision se prend rapidement. Après deux journées à déambuler dans Central Park et autour de la 5th Avenue, nous levons l’ancre en nous promettant de revenir la jeter, cette fois beaucoup plus longtemps, dans ce même port. Et je réfléchis que le voyage, ce n’est pas qu’un appétit boulimique, c’est aussi une certaine rencontre du renoncement.

Times Square

Times Square

Notre départ est trop récent, j’en suis juste à me débarasser de mes vélléités citadines, aussi cette rencontre avec New York, que je me sens toute disposée à aimer, ne se passe-t-elle pas aussi naturellement que je l’aurais cru. Je suis tantôt abasourdie, tantôt  carrément assourdie, bref, je me sens étrangère à ce qui se passe ici. Ça pourrait être moi, mais ça ne l’est pas.

Sexisme équestre

Ces fugaces instants passés dans la Grosse Pomme nous laissent néanmoins de bons souvenirs : gaufres mangées dans la rue,  visite du zoo de Central Park où nous tombons nez à truffe avec un ours polaire, promenade en calèche toujours dans Central Park. Le fin mot de cette promenade est imprévu: comme il s’écoule plus d’une journée entre le moment où les filles arrivent à nous en convaincre

Parenthèse: en fait, nous ne sommes pas très difficiles à convaincre : l’année passée, à Brugges, nous avions accepté d’offrir une promenade similaire à nos filles et à nos amis, Geneviève, Thomas (comme Ève, c’était alors un bébé) et Rosalie, mais tous les cochers sans exception avaient refusé, alléguant que nous étions trop nombreux ! Comme si quatre enfants de moins de 5 ans, gros comme des clous, deux bébés et trois adultes pesaient plus que les six obèses que ces cheveux trainaient sans efforts ! Ça avait été le drame, les filles ne comprenant pas du tout ce refus imprévisible et pleurant à chaudes larmes la promenade qui leur était retirée !

Bref, entre le moment où nous avons accepté  et la réalisation du tour  en question, les filles ont eu de nombreuses heures à discuter de l’équipage qu’il leur faut. Et ça négocie ferme ! Tout bien considéré et après compromis, il faut à Gabrielle et à Myriam un cheval blanc tacheté et à Véronique, un cheval avec une houppelande et dont l’équipage soit bleu ou violet (et moi, sans le dire, j’espère un charmant cocher avec un chapeau haut de forme). Rien que ça ! Voilà qui réduit considérablement le nombre de calèches possibles ! Et bien, aussi incroyable que cela puisse paraître, Yanick réussit à dégoter la chose pour ses filles (chapeau haut de forme inclus) ! Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.

Mais…

Gabrielle (examinant le cheval – air dégoûté) : Papa, c’est un gars !

Yanick (décontenancé par l’objection) : Comment ça, c’est un gars ?! (Ok, un coup d’oeil lui suffit pour avoir sa réponse.) Oui, c’est un gars, et alors, il n’est pas exactement comme vous le vouliez, tacheté et…

Gabrielle et Myriam : Mais non, on veut pas d’un gars, il nous faut une fille cheval !

Yanick : Mais j’ai réussi à trouver le cheval que vous m’aviez demandé et…

Véronique : Oui papa, une fille cheval !

Yanick et moi (mais surtout Yanick) tombons des nues, mais, faisant contre choix incompréhensible bon cœur, nous prenons donc l’équipage suivant, une jument blanche nommée Liza avec une houppelande et un équipage rouges (et sans haut de forme). Morale de l’histoire…

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(Diésel et Poomerang étaient) sur le bord de la route, un peu hébétés par cette désastreuse découverte – désastreuse disparition du taxi jaune dans les entrailles de la ville – toute l’avenue remplie de voitures, mais vide de taxis jaunes et de légende installées sur la banquette arrière. (…) Sur la surface courbe du talon aiguille noir, leurs yeux fixèrent une ville entière, milliers de rues, centaines d’autos jaunes, aveugles.

A. Barrico, City

9 réponses à “Près des yeux, NY

  1. Quel drôle d’adon…j’était justement entrain de fouiner sur votre blog lorsque l’article: près des yeux,NY est apparut sur mon écran !!
    Quelle joie que de reçevoir de vos nouvelles,ton article est parfait et te lire est toujours très agréable !! Merci de nous faire voyager avec vous ainsi !! Les photos sont magnifiques,les filles sont belles ❤
    Bonne continuation,vous êtes les meilleurs 😉
    Bisous à tout l'monde xoxo

  2. Alexandre Tremblay

    Bonjour la famille !

    Je sens un peu de découragement et de fatigue dans votre discours, mais de l’exterieur, nous pouvons facilement percevoir l’adaptation a votre nouveau mode de vie… Vous etes tres inspirant et je dévore vos textes en revant moi meme d’avoir le courage de faire ce genre de voyage avec mes 3 enfants. Tenez bon !

    J’ai deja hate de lire la suite de vos aventures et de vous entendre parler de votre rencontre avec votre premier vrai coup de vent qui se dirige vers le nord en ce moment meme…..

    Alexandre

  3. Si vous cherchez un endroit paisible pour ancrer, allez à Sandy Hook, un peu au sud de NY, au Atlantic Highlands Yacht Club. Il y a des moorings à prix raisonable, ou vous pouvez ancrer deriere le brise lame, un endroit tres sécuritaire. Belle petite ville avec quicaillerie etc pour le bateau et un épicerie grande surface, et buanderie à distance marchable.

    Gaetan Lapierre

  4. Jean-François Auger

    Tu sembles avoir du plaisirs et c’est ce qui est important ! J’espère que tu profites au maximum de ton aventure en famille !! 🙂

  5. Pauline & Georges

    Quelle belles binettes ont les filles.Elles se croient réellement en vacances. Vous faites une très belle équipe.Très belle photos.Bon voyages.

  6. Bonjour à vous 6
    Vu que la tempête approche, j’espère que vous avez pensé au  »SURGE » de marée qui sera en plein dans la période de la  »pleine lune » ???
    J’me même probablement pas de mes affaires mais, je suis inquiet … soyez prudents… 40 kts de vents + vague de 30 ft pour dimanche soir ou lundi, ça décoiffe en tab…
    Bizouxxxxxx
    André & Marie-Jo

  7. Pauline & Georges

    Soyez prudents toute la famille et essayez de nous donnez de vos nouvelles.On est inquiets avec cette tempête.

  8. Christian Cloutier

    Allo Catherine et la famille , je ne peux que vous souhaitent bon courage et arrivent a bon port. ( et très intéressant votre blog ). Christian , cegep.

  9. Coucou à tout l’équipage. Nous découvrons votre blog et vos aventures. Nous sommes contents de figurer dans votre liste de liens -> une tribu de Bretons qui fait un grand voyage… j’aime beaucoup vos récits, il est très agréable de parcourir votre blog et vous lire. Nous vous suivrons avec plaisir. Pour l’heure nous sommes toujours en Asie du Sud Est, en Malaisie. Bon vent de la Tribu Tsara. . . Sur Tsarapenhoat !

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