Galerie

Des crêpes à Manhattan

Dimanche, 14 octobre 2012

Depuis hier soir, les meilleures crêpes se trouvent au mouillage du 79e Street Boat Basin, à New York, et ce matin, les fourneaux s’activent pour nourrir tout le monde. Si la demande est grande, c’est que les estomacs sont d’acier : ça ne prend rien de moins pour avoir de l’appétit tant sont grands et tanguage et roulis. Prise entre les forces croisées de la marée et du vent qui se divorcent et se la disputent, Lhasa ne sait plus où donner de l’étrave.

Déjà, cette nuit, on aurait dit une crise de grand mal : les claquements du gréement toujours sans voile, les coups répétés dans la bouée d’amarrage, la danse frénétique de l’annexe au bout de ses palans m’ont fait levée à deux reprises pour y jeter un œil. La bonne bête souffre, mais tient bon. Néanmoins, ses gémissements retentissent amplifiés dans le bateau et réveillent Myriam qui vient se glisser contre Gabrielle pour être rassurée, la réveillant du même coup. Balottées, effrayées, ça n’en prend pas beaucoup plus pour qu’elles se sentent désagréablement nauséeuses. Gabrielle arrive à se rendormir sous mes caresses – «  J’ai un peu peur, mais je me dis que Lhasa et papa ont connu pire quand ils ont traversé ! et ça m’aide. » Myriam, par contre, connaitra, après une semaine de navigation, tous les symptômes du mal de mer … au mouillage !

Une arrivée nocturne

Cette nuit troublée tombe bien mal, puisque la veille, nous avons fait près de 12 hrs de navigation continue. En effet, arrivés devant la marina dans laquelle nous avions prévu nous arrêter pour la nuit, je lui trouve un drôle d’air : ça manque de mâts ! Seuls des bateaux moteur s’y abritent  (lesquels ont généralement un très faible tirant d’eau, environ le tiers du nôtre). Je scrute la carte , laquelle prétend que, techniquement, ça passe. Mais alors que nous négocions l’entrée étroite et difficile, notre profondimètre affirme le contraire: nous embrayons de reculons pour sortir de là au plus vite avant d’accrocher notre quille au fond !

Nous voici donc au crépuscule devant un choix difficile : revenir d’une heure sur nos pas en se battant contre la marée pour atteindre une marina qui n’avait pas l’air plus accueillante lorsque nous l’avons dépassée ou continuer de nuit pendant 2

heures pour atteindre le 79th Street Boat Basin que Yanick connait pour y avoir terminé (de nuit !) sa traversée atlantique. Je prépare en vitesse une soupe aux nouilles et nous nous installons dehors pour voir New York approcher au crépuscule.

 

La Pomme dominicale

Si les filles veulent se précipiter au zoo, nous avons d’autres préoccupations : je cherche toujours depuis ma tentative ratée à Kingston à faire du lavage, Yanick aimerait avoir au moins une carte de la ville et idéalement consulter certains sites pour trouver des mouillages alternatifs afin d’éviter une autre nuit dans la machine à laver (paradoxe du couple: alors que l’une cherche la machine à laver, l’autre cherche à la fuir !), prendre une douche ne serait pas un luxe non plus, tout comme de trouver une imprimante et un scanner pour compléter les documents d’assurance. Bref, l’agenda est chargé, le zoo devra donc attendre.

En même temps, j’ai de la compassion pour mes mouettes actives cantonnées dans le bateau depuis notre départ (en fait, pour être honnête, elles arrivent étonnamment à grimper et se suspendre un peu partout dans le bateau au point que nous songeons à  installer des prises d’escalade au plafond pour contrôler minimalement leurs évolutions inorthodoxes !). Aussi, lorsque, dès notre débarquement, nous voyions un parc avec des modules de jeux, nous nous y arrêtons de longues minutes, le temps de motiver les troupes à la marche qui, pensons-nous, les attend. En fait, nous passerons notre dimanche à marcher au hasard en arrêtant dans toutes les aires de jeux sur notre chemin.

Cette inattendue visite systématique des parcs me fait connaître la ville et ses habitants sous un jour étrangement sympatique. Moi qui, bourrée de préjugés, imaginais les New yorkais comme des gens guindés, distants et prétentieux, je les trouve avenants, souriants et détendus.

Ce qui ne nuit en rien à cette première impression très favorable est sans doute le ciel qui, de bas, menaçant et maussade à notre arrivée, s’est soudainement éclairci pour nos premiers pas dans la ville. Et pour ajouter au charme, il fait chaud, une belle chaleur orange d’automne, on déambule en chandail alors qu’on portait les vêtements d’hiver depuis plusieurs jours déjà.

Un bonheur sans nuage ?

Mais une mauvaise surprise nous attend à la marina : le responsable est catégorique, nous ne pouvons pas rester là, Lhasa dépasse de 10 pieds (25%) la capacité des mouillages. De toute façon, avec les vents sud-ouest annoncés pour la nuit, ce sera de nouveau insupportable.

Partir, d’accord, mais pour aller où ?

Nous rappelant les conseils d’Aloha Spirit et dirigés par un guide des mouillages, nous descendons le long du port pour trouver refuge dans un racoin, un peu derrière miss Liberty. De notre ancrage gratuit et ultra paisible pour fauchés en quête de sommeil, nous pouvons encore admirer la Vénus callipyge. Le paradis !

Reste à savoir comment nous arriverons à retraverser l’Hudson demain matin pour se rendre au zoo ! En attendant, tous les estomacs, ceux d’acier et les autres, pourront se gaver de crêpes à la Pomme demain matin.

Advertisements

6 réponses à “Des crêpes à Manhattan

  1. Pauline & Georges

    Mais vous êtes dépassé New York maintenant pas trop de problème j’espère. Je pense à vous et vous suit constamment excuse les fautes . Gros bisous à tous et gros calins

  2. Même sans les photos, on imagine et on voyage avec vous… Bravo, et
    merci !!!

  3. danielle jacques

    J’admire votre courage quelle voyage je vous souhaite la meilleur des chances tout au long de ce beau et grand voyage et j’apprécie beaucoup de vivre cela avec vous en vous suivant …Du fond de mon coeur Merci

  4. MERCI!!! Je suis toujours tellement contente de recevoir de vos nouvelles. je lis tes récits comme un roman d’aventure, et j’espère toujours la suite.
    bonne découverte!

  5. Murielle Thériault

    Je suis d’accord avec Nathalie et votre texte est si bien écrit…Le prof de littérature au CEGEP se reconnaît. Félicitations! Vous nous rappelez aussi des séjours à New York…dès l’âge de 6 ans…pour ma part et plus tard…
    Bon courage!
    Murielle

  6. Catherine merci pour le beau récit. Photos superbes. Tu sais à ta façon nous faire voyager, car au moment de mettre le moteur sur en marche arrière, je reculai avec vous. Bisou à toute ta famille.

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s