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Déménageries

Une maison vide comme une coquille abandonnée

Eh bien, voilà ! Nous devions avoir vidé la maison pour le 20, c’est fait ! Nous avons trimé dur jusqu’à tard dans la nuit, mais nous y sommes arrivés. Les dessins des filles sont disparus des murs, les meubles ont levé les feutres, un peu plus et nous n’y habitions plus. Un peu plus parce qu’il traîne entre ces murs quelque chose de nous qui tarde à disparaître, des relents indescriptibles, des lambeaux impalpables.

N’empêche, ma nostalgie est grande à quitter ces lieux. Je n’arrive pas à me convaincre qu’il s’agit de murs quelconques, qu’il s’agit d’une simple possession matérielle. Non, il s’agit de notre maison, complètement renovée de nos mains à grand renfort de sueurs et d’huile de coude; il s’agit d’un espace que nous avons habité, où nos filles sont nées, il s’agit de l’âme, du secret de ces murs que nous laissons derrière nous pour toujours. Et si Véronique, Myriam sur les talons, a joyeusement lancé un « Bye bye » retentissant à chacune des pièces de la maison, devenues écho sans meubles,  Gabrielle a carrément refusé: « Y’a plus rien, ce n’est plus ma maison! »

Matérialité possessive

Si ce sont les objets qui rendent les lieux habitables, Lhasa menace maintenant de couler à force d’habitabilité ! Malgré un tri assez sévère, nous avons encore gardé de deux à trois fois trop de choses: même avec ses cinquante pieds de long, notre bateau n’a pas assez de place pour tout mettre !Cela dit, je redoute un peu l’exercice: le dépouillement, d’accord, mais se dépouiller dans l’ignorance de ce qui sera nécessaire, c’est plus difficile. Et bien sûr se lit en filigrane une angoisse plus ou moins bien dissimulée qui s’extériorise dans la possession matérielle…

Immigration

Du coup, les douaniers qui ont vu passer Yanick avec la mini-fourgonnette pleine à craquer ont tout de suite cru à… une immigration illégale ! Il a eu beau expliquer, argumenter, il nous faut maintenant monter un dossier avec divers documents pour faire la preuve que nous ne comptions pas nous enliser en hors-la-loi dans les eaux du Lac Champlain… Cette intervention des douaniers à bien failli faire déborder le vase de Yanick ! Nous n’avions aucun besoin de ces démarches surajoutées.

Du coup, nous avons un peu l’impression de baigner dans un pétrole figuré qui nous englue les ailes. Nous sentons que, plutôt que de se rapprocher, notre rêve s’éloigne. Et avec le temps qui file, la nécessité de fuir la froidure qui approche s’intensifie.

Solitude

La fatigue qui me fait tituber sans alcool n’est pas étrangère au sentiment d’isolement et de solitude qui m’envahit;  une sensation physique de vertige, l’impression de n’être devant rien à cause de l’intangibilité de ce qui s’offrira à moi.

Tout à l’heure, j’ai eu les yeux inondés lorsque mes étudiants ont commencé à sortir de la classe, leur examen final terminé. Les deuils actuels me frappent de plein fouet et leur pensée n’attend qu’une distraction de ma part pour revenir me hanter.

Tout à l’heure, je rentrerai sous la pluie dans une maison étrangère où personne ne m’attend – les amis qui m’offrent leur toit – merci mille fois ! – sont partis en amoureux, les enfants profitent une dernière fois de leurs grands-parents à Québec, Yanick est au bateau – j’espère qu’il a un peu de compagnie, que Papy Tao n’est pas parti aujourd’hui. Autrement, il doit le coeur aussi déguenillé que moi.

Cette expérience de dépossession ascétique (sans feu ni lieu) est nouvelle, originale et pourrait être intéressante, mais je suis trop fatiguée pour la voir sous l’angle des multiplications des possibles, ainsi que je me le promettais. Je ne ressens qu’une grande tristesse, une grande solitude. Bref, avant de me mettre au bleu (comme on se met au vert), j’ai les blues !

Ça ne durera pas, ce n’est qu’un mauvais moment à passer, un léger déséquilibre du délicat cocktail neuronal. D’habitude, la solitude ne m’effraie pas, au contraire, elle m’appelle !

Mais aujourd’hui, comme j’aurais aimé passé la soirée avec une âme amie, une présence humaine ! Une table dressée dans un halôt lumineux qui tranche avec l’obscurité de la soirée, une musique feutrée, des verres de vin et le plaisir de rester silencieux ensemble.

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7 réponses à “Déménageries

  1. Courage ! Tu n’es pas seule. Tu as tous tes lecteurs, n’oublie pas.
    Bisous,

    Danièle

  2. J’adore te lire Catherine…à chaque fois tu réussis à m’émouvoir….Vous êtes fort et courageux…vous êtes les meilleurs !!! On vous attend içi pour votre dernière semaine au Québec les bras grands ouverts !!!! Mes filles ont tellement hâte de voir leurs copines !!! Et oublis ta sollitude car ca va bouger dans ma maison avec 6 petites frimousses adorable toute la semaine prochaine !!! J’ai bien hâte de tous vous voir 🙂
    Love ❤
    Cat.D xxxx

  3. Salut Catherine,
    Profites un peu de cette soliture, tu vas t’en ennuyer un peu dans ta maison de 50 pieds !!!
    Nous pensons souvent à vous… le depart approche à grand pas. Profitez en bien et la vie saura vous gater…
    On se voit dans le SUD au chaud!!!
    Maintenant c’est le temps du dématage…
    PS. attention à la roche à l’approche du quai à Ford Edward!!

  4. Pauline & Georges

    Je sais que vous devez être crevés à travailler et tout remettre à temps et en ordre,mais dites vous que bientôt vous serez libre comme l’air et le vent qui soufflera sur le Bavaria 49. De la nostalgie pour tous le monde. Je vous embrasse et un gros calin à tous XXXXXX.

  5. Chers amis empathiques,
    Ne vous inquiètez plus, le moral est revenu avec le soleil: le ciel haut, clair et lavé qui m’attendait à la sortie du collège a chassé la plupart de mes humeurs sombres. Vous me connaissez: je rebondis d’autant plus vite que j’ai sombré plus bas.
    Malheureusement, pour Yanick, c’est moins évident. La fatigue perdure et lui distille une solitude amère. Les travaux n’avancent pas au rythme où il aimerait et les soucis se bousculent dans sa tête… Il cherche désespérément quelqu’un pour lui donner un coup de main…

  6. Nous serons au rendez-vous samedi pour vous donner un coup de main. Dommage que nous ne puissions arriver dès maintenant pour aider Yannick. J’espère que le vin est encore aussi efficace pour aider à la morosité!!!
    à très bientôt chers amis et grosses bises en attendant de vous les faire en personnne.

  7. Profite bien des derniers jours Catherine et bonne chance pour la suite.

    Mélanie

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