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Non, je n’ai pas de tablette…

«Non, je n’ai pas de tablette…»: Réflexions sur l’envers de la lecture électronique

Une féroce lectrice

Depuis toujours (me semble-t-il), je suis une lectrice invétérée. Il m’est arrivé de pleurer à chaudes larmes sur des pages touchantes. Absorbée dans ma lecture, je deviens à toute fin pratique sourde. Avec les années, j’ai accumulé une quantité de livres telles que mes déménagements demeurent épiques auprès de mes amis et que mes ouvrages couvrent, sur deux rangées placées l’une derrière l’autre, deux bibliothèques de 8 pieds de haut. Bref, je possède beaucoup de livres (et, admettons-le, je suis possédée par la plupart d’entre eux). Or, il n’y pas de place pour eux tous sur le bateau.

Sans compter ceux que je n’ai pas lu et que je me sens toute prête à adopter et à chérir…

Choix et sacrifices déchirants se profilent donc à l’horizon.

La tablette comme solution miracle ?

Aussi l’avènement de la tablette est-il marquant pour la lectrice boulimique que je suis. Or, je n’en possède pas et ne compte pas m’en procurer pour le voyage, à la grande surprise de plusieurs.

Pourquoi ?

D’abord pour des raisons logistiques:

  • La tablette est une consommatrice d’énergie, or, sur un voilier, l’énergie est une denrée précieuse et limitée. Le livre, pour sa part, est fort économe dans ce domaine.
  • La tablette est constituée d’électronique délicat susceptible de s’abîmer à l’eau et encore plus à l’eau saline. Les dommages sont alors souvent irréparables. Le livre est aussi affecté, mais on peut aisément le mettre doucement au four pour le faire sécher (la recette fonctionne aussi avec les têtes de pilotes automatiques Ray Marine, mais c’est une autre histoire); on peut le réparer, le recoller, le bricoler, bref, à l’image d’un Frankenstein de papier, lui rendre vie..

Une question de feeling

Mais d’autres raisons, celles-ci idéologiques, me motivent:

D’abord, l’exemple. On peut me taxer sans doute avec raison de rétrograde, mais je veux montrer à mes filles à LIRE des LIVRES, deux termes de la même famille, éthymologiquement reliés, à l’inverse de tablette. La vie se chargera bien ensuite de leur montrer qu’on peut é-lire-tronique.

(c) chez-daphne.com

Ensuite, la sensualité de l’objet. Le papier du livre ramène d’ores et déjà à l’arbre qu’il était: tempéré, tactile, doux sans être parfaitement lisse, bruissant. Le livre, presque immortel par rapport à la tablette, accumule des marques d’expérience: c’est le sable d’une lecture à la plage, des annotations de jeunesse, des marque-pages insolites qui y ont été glissés (billet de métro, carte postale ou d’anniversaire, feuille d’automne, etc.), l’odeur des endroits où il a été laissé. Le livre corné, plié, lancé, utilisé à toutes les sauces, peut encore s’ouvrir et livrer (!!) son histoire. Peu importe l’endroit, peu importe la position, le livre est toujours prêt pour la chose.

(c) Annabelle Felten, lagiravolta.unblog.fr

Et cette sensualité de l’objet me porte à faire une analogie physique: j’aime mieux le livre qui s’affaisse, s’assouplit, s’amollit, se marque de profondes rides d’expression que la tablette dont la jeunesse plastiquement éternelle et la fermeté artificielle masquent l’affaiblissement immanquable. Il me semble que le premier nous apprend mieux et plus que la seconde…

En somme, si on peut faire l’amour au livre, toutes les caresses prodiguées à la tablette demeurent frigides.

…………………………..

Si votre curiosité vous titille à savoir quels livres j’amène avec moi, visitez mon profil pour des mises à jour régulières.

Je vous invite aussi à lire les réflexions du poète Francis Ponge sur le papier et l’écriture.

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3 réponses à “Non, je n’ai pas de tablette…

  1. Fanny (Bateau Lam)

    Je suis TELLEMENT d’accord avec toi!!! Pour ma part, je souffrais avant de partir des mêmes dilemmes. Nous sommes tout de même partis avec moultes bouquins, et nous en avons encore acheté en route! Bien sûr, avoir (gratuitement, c’est l’avantage de télécharger les classiques libres de droit) l’intégrale des livres de Maurice Leblanc, c’est une garantie de plonger mes petits crapauds dans des mois d’aventures d’Arsène Lupin (ils n’ont toujours pas terminé!). Et moi, je comptais me faire aussi à cette frigidité plastique que tu décris. Pourtant, force est de constater que Jane Austen en numérique, ça n’a rien à voir avec le pavé magnifique de ses oeuvres que j’ai englouti sous une pile d’autres livres gardés dans des cartons qu’on a envoyé en France… L’odeur qui manque, le poids des mots (au propre, au sale et au figuré), le petit plaisir de contempler la couverture à chaque fois qu’on prend ce condensé d’humanité… Rien de tout cela ne figure sur la table des matières d’une tablette. Tablette qui m’enrage aussi souvent, tellement c’est mal fichu: pas moyen de naviguer entre les chapitres, de sauter des pages par dizaine à moins de tapoter des centaines de fois sur le bouton, ou encore d’avoir des numéros de page: on a seulement droit à des %!!! Bref, j’en arrive à me dire que c’était peine perdue, et depuis quelques mois, je lis essentiellement… des vrais bouquins que m’ont refilé des copines au fil des rencontres! C’est aussi la magie de la vie sur l’eau: une vraie bibliothèque flottante à laquelle on contribue autant qu’on emprunte!
    Bisous!
    fanny

  2. autre avantage du livre-papier qu’on a aimé, on peut plus facilement l’offrir,
    le partager, le léguer, y accorder une place dans son environnement
    Et quand «l’électronique» rendra l’âme,ils seront toujours à notre portée

  3. Je valse sous les deux. La tablette pour un l’aspect stockage et accès rapide ou pratique pour lire. Mais pour lire de façon relaxante et même absorbée, du livre, j’y trouve plus mon confort et plaisirs.
    Captn Chris

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