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Éloge de la lenteur (2e raison)

(1ère raison à lire ici.)

Rappelez-moi POURQUOI nous nous sommes lancés là-dedans, déjà ?

Pour échapper au rythme effréné qui est le nôtre, à cette boulimie de l’action dans laquelle nous nous dissolvons.

Mon manège à moi

Au-delà des lieux communs sur le rythme frénétique imposé par les sociétés occidentales, le recul est inutile pour constater que notre vie est étourdissante. Entre nos emplois respectifs, les soins à nos 4 enfants, les cours divers suivis par nous ou par nos filles, mes implications sociales dans plusieurs conseils administration ou auprès de l’école de Gabrielle, notre volonté de nous ménager du temps en couple, les activités sociales de chacun (et j’en passe !), notre vie est très largement remplie. Il nous est même arrivé récemment de devoir nous séparer, Yanick et moi, de devoir partir chacun de notre côté (en louant même un véhicule !) pour accomplir tout ce que nous avions sur la liste pour la fin de semaine.

(c) Martyn Colbeck, Running family

Pourquoi cette activité étourdissante ?

En ce qui concerne Yanick, je crois pouvoir m’avancer à dire que c’est la crainte de manquer quelque chose qui le fait courir ainsi dans une incapacité de choisir, une boulimie de l’action.

Lorsque j’ai rencontré Yanick, j’ai d’abord trouvé que cette succession incessante d’activités était stimulante. Puis, je me suis trouvée essoufflée. J’ai donc eu pour mission de ralentir les choses. Aujourd’hui, force m’est de constater que c’est un échec !

Pour ma part, certaines activités répondent à un besoin profond de réalisation de soi: les cours de guitare et l’enseignement en font partie. Cependant, je dois admettre que plusieurs de mes activités cachent une certaine angoisse. Ainsi, craignant de n’être pas à la hauteur de mes propres critères en tant que mère, je complète par différents cours offerts aux filles; craignant d’être une de ces favorisées de la vie qui demandent tout sans jamais redonner, je m’implique autant que je le peux; et ainsi de suite. Bien sûr, c’est irrationnel – et parfois sans doute erroné. Mais l’admettre ne règle pas les choses pour autant.

En même temps, l’honnêteté m’oblige à constater que cette kyrielle d’activités divertit.  «Divertit» tout d’abord au sens d’un divertissement, mais aussi comme une diversion. Ainsi,  le temps file, la vie nous emporte, nous nous en rendons à peine compte. Et ce qui importe s’enfuit doucement, sans que nous l’ayons remarqué, sans que nous y ayons réfléchi.

Contemplation et lenteur

Or, c’est cette réflexion que j’appelle actuellement de mes voeux et le voilier est le médium tout désigné ! Ainsi, le voilier est sans doute un moyen de transport des plus lents et des plus contemplatifs. Lhasa, lancée à toute vitesse, atteindra entre 7 et 9 nœuds (13 à 16.7 km/h). Je vais généralement deux fois plus vite à vélo ! Peut-être aura-t-on, au surf, des pointes à 12 nœuds (22.2 km/h), mais je n’en mettrais pas la main au feu…

En outre, un voilier est composé d’un ensemble d’équilibres délicat et capricieux. Son fonctionnement gracieux est le fruit d’une collaboration précaire entre les éléments marins et éoliens que peu d’hommes arrivent véritablement à comprendre. Ceux qui n’abandonnent pas arrivent à composer, avec plus ou moins de facilité, avec la chose.

Alors pourquoi diable se lancer sur les mers sur des coquilles de plastique qui demandent sans cesse à être ajustées, accordées même dirait-on, au même titre qu’un instrument à cordes particulièrement sensible ?

Pour la même raison que les moines tibétains construisent grain à grain des mandalas(1) de sable coloré destinés à être détruits lorsque terminés.

(c) Tvrs.ca – Construction d’un mandala de sable, grain par grain, technique de méditation,oeuvre par définition éphémère.

C’est cette idée de construction lente, délicate, superbe et éphémère qui m’a rassérénée(2) alors que j’étais prête à tout lâcher la fin de semaine dernière. Le scellant qui me collait partout était la preuve flagrante que mes soupirs d’impatience et ma précipitation auraient fait s’envoler un hypothétique mandala de sable. Il fallait revoir la technique et commencer par respirer par le nez.

Pourquoi partons-nous ?

Pour l’exercice de sérénité au quotidien.

Ce ne sera donc pas des vacances, mais une vacation, une disponibilité spirituelle.

(1) Le mandala de sable tibétain

La construction du mandala est en elle-même une pratique spirituelle. Dans la salle, d’autresmoines méditent et prient afin de renforcer la bodhicitta et ainsi bénir le mandala, qui sera offert aux Bouddhas et à l’univers. Le mandala est ensuite « détruit » et le sable est rassemblé devant tout le monde pour une offrande spirituelle à une divinité. Les mandalas sont aussi là pour montrer que tout est éphémère… Ces pratiques sont sans doute inspirées du rangoli motif de sables dessinés par les hindouistes. Les femmes y dessinent des motifs de sable pour attirer les bons esprits dans la maison et les religieux font des motifs divins dans leur cérémonies religieuses. Source: Wikipédia.

Voir aussi:

http://www.tvrs.ca/actualites/des-moines-tibetains-en-monteregie-durant-la-fete-nationale

http://www.interreligieux.ch/accueil.php?section1=image&iyear=2003&simage=i

(2) rendre à la sérénité

Une réponse à “Éloge de la lenteur (2e raison)

  1. Fanny (Bateau Lam)

    le rythme de la voile, ou l’obligation de se mettre au diapason d’une nature qui va plus lentement et plus loin que nous. C’est faire de l’espace en soi et autour de soi pour vivre en présence consciente, à la manière des bouddhistes. En cela, je te rejoins parfaitement. Mais force est de constater que, même sur l’eau, on a encore tendance à aller trop vite. Les escales se succèdent, et lors des arrêts-maintenance ou avitaillement, grande est encore la tentation d’enchaîner les activités et les tâches à un rythme effréné… Ma conclusion est que la lenteur doit être le fruit d’un effort délibéré qui peut très bien survivre à la vie à terre. Mais c’est un travail de tous les instants! J’ai une amie qui, de cette façon, se force à aller plus lentement les jours où elle se sent déprimée. Cette technique fonctionne à merveille. Le bonheur est dans les petites choses, et les petites choses s’observent, ce qui prend du temps. Je te renvoie à la chanson de Bénabar qui reprend un dicton à sa façon: Le bonheur, ça se trouve pas en lingots, mais en p’tite monnaie (Album Bénabar & Associés). Bisous et bon courage pour le grand départ!

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