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Voulons Oublier Les Vissicitudes hOrripilantes (VOLVO) ! (1e partie)

Outre le mât et les voiles, que manque-t-il ces jours-ci à Lhasa qui soit essentiel ? Un moteur ! Depuis la semaine dernière, nous tanguons au mouillage où nous a remorqué Joe (propriétaire de la marina) sans pouvoir aller se mettre le museau quelques miles au large… Aaah, ce moteur ! Il a toute une histoire… En omettant les broutilles, voici son curriculum:

La traversée atlantique

(En 2011, alors que Ève a cinq semaines, Yanick nous quitte pour entreprendre sa première traversée atlantique afin de ramener Lhasa de Gruissan où elle a passé l’hiver à New York et, ultimement, au Lac Champlain. En tout, ce sont plus de 30 jours de navigation qui l’attendent, agrémentés de quelques pépins et avaries qui lui donneront parfois des sueurs froides…)

26 juin 2011, Yanick m’écrit:

Depuis hier soir 20:45, plus de 12 heures de moteur. Je viens prendre mon quart, on sort les voiles et on reprend route sous un faible vent portant.  Une fois en route, on regarde le niveau de diésel et surprise il indique VIDE.  Ne connaissant pas le bateau, je me suis fié que celui-ci serait fiable et descendrait à un rythme constant, eh bien, ce n’est pas le cas.  De deux choses l’une, il en reste plus que ce que la jauge indique ou tout d’un coup le moteur s’est mis à consommer plus que ce que nous avons estimé jusqu’à maintenant.  (Autre option, la jauge est tout simplement peu fiable et indique n’importe quoi.) Je reste optimiste, quoi que déprimé, et je prie pour la première option.  Nous rationnerons donc à l’extrême le diésel et j’essaierai de faire une évaluation de la réserve réelle.  J’avais évalué la consommation à la hausse entre le nombre de litres mis dans le réservoir et le nombre d’heures moteur et cela s’approchait bel et bien des spécifications du moteur.

(Plus tard, ils arriveront à aborder un porte-conteneurs énorme qui leur transfèrera du diésel, mais ça, c’est une autre histoire, réclamez-la à grands cris à mon chum !)

En fait, ce problème de jauge qui est la source d’un manque de carburant aux approches du Gulf stream est encore bénin par rapport aux problèmes qui nous attendent.

En effet, six jours avant d’entrer à New York, le moteur surchauffe.

(Attention, ce qui suit est un paragraphe technique: si huiles et cambouis ne vous intéressent que peu, sautez-le allègrement, vous n’y perdrez rien !) Cette surchauffe cause des dommages à la valve du turbo (turbo gasket). Conséquemment, le liquide de refroidissement s’écoule lentement, mais sûrement dans le réservoir d’huile (oil pan). Or, comme les réserves de liquide de refroidissement ne sont pas éternelles, c’est bientôt de l’eau douce qui le remplace… Et qui coule alors dans l’huile. Comme les réserves d’huile moteur à bord ne sont elles non plus pas éternelles et que les changements d’huile nécessaires sont fréquents, comme ils sont encore dans les zones sensibles du Gulf Stream et que le vent n’adonne pas, fatalement le moteur doit être démarré avec une huile souillée d’eau… Ce qui endommage encore davantage notre pauvre moteur !

Nos gaillards arrivent donc à New York sains et saufs, mais crevés, et le moteur de Lhasa est en piteux état. Mais le temps file, les vacances de Yanick sont pour ainsi dire terminées et il nous faut encore remonter la rivière Hudson !

Pan pan ! Pan pan !

(Dans les conventions radiotéléphoniques internationales, Pan pan – panne panne – est l’appel d’urgence lancé lorsque la sécurité d’un aéronef, d’un navire ou d’une personne est menacée.)

J’embarque à New York avec Ève et deux équipières inexpérimentées.

Si Montréal-New York se fait en quelques heures en bus, en quelques heures de plus en train, en voilier, à travers les écluses et avec un moteur défaillant (agonisant !) qu’il faut bichonner et arroser aux 45 minutes, c’est une entreprise de plusieurs, plusieurs jours !

Et un soir, ce que nous n’osions pas envisager se produit: alors que la rivière est particulièrement étroite, le moteur se met à fumer de façon inquiétante. Nous l’éteignons tout de suite, mais le courant de la rivière nous pousse à près de 4 noeuds. À la dérive, nous nous dirigeons droit dans les pylônes de fer rouillés et menaçants d’un quai en ruine qui ne sont qu’à une petite centaine de mètres. Nous tentons de ranimer le moteur, sans succès. Nous hissons les voiles, le vent tombe. Yanick saute dans l’annexe et grâce à son vaillant petit moteur six forces, il arrive presque à diriger le bateau, mais à son tour, celui-ci rend l’âme. Les tiges pointues s’approchent vite, la profondeur est grande, tant pis, je mouille l’ancre, j’envoie tout ce que je peux. Ève dans l’écharpe pleurniche, réveillée sans doute par l’agitation soudaine de sa mère, dans la radio, j’appelle en utilisant le code d’urgence… Personne ne répond.

Soudain, du quai (le récent, pas très loin des ruines de l’autre), on nous fait des signes, soudain l’ancre accroche quelque chose, on ralentit, s’immobilise. Un homme comprend notre détresse et vient nous chercher avec le bateau du shérif. La foudre a frappé le village à peine une heure plus tôt, tout le monde aide à réparer les dégâts, il n’y a personne qui veille. Nous avons été chanceux que le hasard intéresse un passant à notre sort, nous aurions pu demeurer là longtemps !

Le temps est gris et maussade, nos équipières se sont sauvées en nous laissant tout le travail sur les bras, le moral est bas, c’est sans doute un des pires moments de voile que j’ai vécu.

Mais le lendemain, le soleil est de la partie et il ne nous en faut pas plus généralement pour se retrousser les manches et trouver des solutions !

Nous arrivons ainsi sans encombres, mais avec de nombreux aménagements d’horaires, à regagner notre bercail marin, la marina Gaines. Et, à notre grande surprise, les assurances nous proposent… un moteur neuf ! (Évidemment, les tractations avec les assurances ne se feront pas sans anicroches et frustrations, mais ça, c’est le lot, non ?!)

Cela dit, l’épopée est loin d’être terminée !

(Lire ici la seconde partie.)

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Une réponse à “Voulons Oublier Les Vissicitudes hOrripilantes (VOLVO) ! (1e partie)

  1. Ping : Les déboires de notre moteur – 2e partie | voilier LHASA

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