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Mer et marginalité

J’avais envie de partager ces réflexions tirées du blogue du voilier LAM, datées du 19 juillet.

Voilà déjà quelques mois que Yanick et moi nous sentons imperceptiblement marginalisés et si, sous certains aspects, cette marginalité représente une perte, nous en espérons toutefois ardemment une nouvelle authenticité. C’est rassurant de constater que ce n’est sans doute pas en vain… Il me reste toutefois la crainte que cette position soi-disant authentique ne soit qu’une nouvelle imposture…

Je repense à cette image que l’on projette parmi la famille, les amis. On en parlait encore ce soir. De cette incompréhension, parfois. Je me souviens, petite, d’avoir parfois entendu parler de ces gens qui partaient et vivaient des vies complètement dingues à l’autre bout du monde. Tout le monde en parlait comme de marginaux un peu asociaux, des gens un peu fous qui refusaient de fonctionner dans les rails tracés pour eux. On les évitait un peu, on ne les comprenait pas vraiment, on les plaignait parfois, les pauvres : « pas de retraite, pour ces tarés là! ». Et je réalise combien cette étiquette doit nous coller à la face, ces derniers temps. Peut-être qu’on est devenus comme ça, des « marginaux ». Ceux qui préfèrent sortir de la marge, de la ligne rouge qui borde la page d’écriture. En dehors. Mais au fond, je m’en fous un peu. En dehors du connu, c’est vrai. Mais en dedans d’expériences étonnantes, d’un quotidien différent, en somme. Juste pour les rencontres que nous faisons, cette vie là aura valut la peine. L’expérience humaine a quelque chose d’exceptionnel, sur l’eau. Les gens ne sont plus en surface, on creuse, et on creuse profond. On se raconte des choses qu’on ne dirait pas en ville, dans son petit appart, devant une bouteille de rouge. Ou peut-être que si, mais ça resterait du domaine de l’exception. Sur la mer, on dirait que les masques, ça fait longtemps que le vent les a fait voler. On se découvre moins fragile, moins habile à cacher ce qui nous forge au fond, ce qui nous fait vivre. On ne vit plus en imposteur, on vit, et quand on rencontre d’autres personnes, on échange. C’est tout. Et c’est immense.

2 réponses à “Mer et marginalité

  1. 30 juillet, voici ce que renchérit Fanny, de Lam:
    « Être en marge, dans ces conditions, consiste à trouver ses propres réponses face à l’existence, en dehors de ce que les gens choisissent généralement. Hors des sentiers battus, il faut tout inventer. Il y a une notion de risque, que beaucoup refusent de nos jours d’assumer. Rester dans le connu est plus fort et plus confortable pour la plupart des gens, au risque de perdre ce qui nous fonde et nous définit profondément. C’est pour sortir de ce connu là que nous sommes partis. Et finalement, le choix du projet importe peu. Qu’il s’agisse de monter sa boîte dans la fabrication de bijoux faits main, d’aller conquérir tous les plus hauts sommets de la Terre, ou encore de tout plaquer pour aller aider les gosses paumés dans les rues, il reste que se lancer dans ces aventures est simplement un moyen de se dépasser. Une façon de faire partie du grand tout, en développant ces côtés de soi qui nous définissent et qui nous sont trop souvent inconnus. Alors se dire marginal, pourquoi pas. Si tant est qu’on puisse continuer de revendiquer cet élan vital qui nous fait accomplir ce qui nous anime et nous fait vivre. Il reste que ces chemins sont souvent originaux, sortent de l’ordinaire, parce qu’ils sont autrement plus difficiles et exigeants, chose qui rebute la plupart des gens pour qui la sécurité du connu n’a pas de prix. Les gens m’ont souvent dit, ainsi, que j’étais « courageuse » d’avoir repris les études à l’université à 30 ans en ayant 3 enfants. Mais je réponds toujours à ceux-là que pour moi, le vrai courage, c’est de rester dans une vie qui ne nous plaît pas. Car cela demande une énergie considérable, de s’astreindre à rester dans un cadre qui ne nous convient pas. Tandis que l’énergie requise pour réaliser des choses qui nous font grandir n’a pas de limites et semble même inépuisable. Mais, dans la vie, tout n’est-il pas une question de choix ?! »

  2. Et je lui réponds:
    Cette petite voix qui me pousse toujours vers l’avant, cette curiosité insatiable de l’Autre, c’est exactement ça, un “élan vital”. Dit ainsi, ça me fait penser à un poème de Saint-Denys Garneau:

    “Mais laissez-moi traverser le torrent sur les roches
    Par bonds quitter cette chose pour celle-là
    Je trouve l’équilibre impondérable entre les deux
    C’est là sans appui que je me repose.”

    (et surtout cette dernière phrase: “C’est là sans appui que je me repose”.)

    Merci Fanny.

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